© 2019 Created by Clicks Technology Solutions

Les Sirènes

November 14, 2017

Bonjour ami(e)s de Monde Mystérieux,

 

Des pastiches de sirène « desséchées » ont été fabriqués dès le XVIe siècle, et exposés dans les foires et les musées. Au XVIIe siècle, à Leyde, un certain Pavio disséqua une sirène en présence du célèbre médecin Johannes de Laet, apportant un certain crédit scientifique à l’animal fabuleux. La tête et la poitrine étaient humaines mais, du nombril au pied, l'être était informe et sans queue. Mais c’est surtout au XIXe siècle qu’ils ont attiré les foules. Ces monstres hideux étaient fabriqués au Japon, en Inde ou en Chine. Le haut du corps est constitué d’un buste d’orang-outan ou de guenon et la queue, celle d’un gros poisson. Des fœtus atteint d'une déformation telle que la sirénomélie (une seule jambe centrale au lieu de deux) peuvent également avoir participé au mythe, mais cette grave mutation ne permet généralement pas la survie de l'enfant, ce qui limite la possibilité de se procurer de grands squelettes.

 

En 1758, les sirènes ont fait l'objet d'une courte note dans le Systema naturae de Carl von Linné (ouvrage qui fonda la classification scientifique du vivant) sur la base d'un spécimen brésilien dont il juge la description « paradoxale », et qu'il range à côté des mammifères en « incertae sedis ». En 1831, Georges Cuvier les place, toujours avec méfiance, parmi les amphibiens (malgré la présence alléguée d'oreilles) dans son Règne animal distribué d'après son organisation. Par la suite, ce taxon fut rapidement abandonné des classifications scientifiques faute de spécimens ou de descriptions crédibles.

 

Bien que l'existence des sirènes ne soit plus envisagée par les scientifiques depuis le XIXe siècle, certains scientifiques ont continué de s'intéresser, avec plus ou moins de sérieux, à ces animaux fabuleux, notamment en tant que modèle d'étude virtuel ou pédagogique pour montrer le fonctionnement d'une démarche scientifique à partir d'un nombre d'informations limitées (cela fut également fait avec les licornes). Le grand océanologue américain Karl Banse leur a par exemple consacré un article en 1990 dans la très sérieuse revue Limnology and Oceanography, où il infère le mode de vie, la répartition et l'évolution hypothétiques des sirènes à partir des quelques sources qui avaient pu être considérées crédibles plusieurs siècles plus tôt. Selon lui, les sirènes seraient des mammifères marins et n'auraient donc pas d'écailles (celles-ci étant rajoutées par les artistes n'ayant pas vu de spécimen réel, comme cela se fit longtemps pour les dauphins), et leur corpulence limiterait leur répartition aux eaux les plus chaudes des tropiques (d'où la séparation en plusieurs espèces, par bassin océanique). Toujours selon Banse, les sirènes auraient un mode de vie agricole (algues, mollusques) relativement peu évolué technologiquement du fait de l'impossibilité de produire du feu sous l'eau, mais avec un système social assez avancé ; elles complèteraient éventuellement leur régime alimentaire par de la chair humaine, ce qui expliquerait leur habitude de charmer les marins pour les emmener dans les profondeurs.

 

 

 

 

Les siréniens (lamantins) sont les animaux les plus proches de ce à quoi pourrait ressembler une sirène.

 

 

À l'inverse, certaines études se sont intéressées aux problèmes biologiques qui empêchent l’existence d’êtres comme les sirènes. Plusieurs paramètres physiologiques rendent en effet impossible qu’un animal d’une telle apparence puisse être viable :

 

La température 

 

Les homininés sont adaptés à la vie aérienne, et la survie dans une eau même à 20 °C ne dépasse pas 35 heures pour les humains les mieux constitués. Ainsi, des êtres tels que les sirènes devraient, pour conserver une température interne viable, suivre les stratégies des autres mammifères marins : soit adopter une importante couche de graisse sous-cutanée et des membres réduits (ce qui les ferait ressembler à des lamantins), soit adopter une fourrure épaisse et abondante, nécessitant un entretien constant (comme la loutre de mer), soit, mieux, les deux (comme les phoques). Dans tous les cas, la peau devrait être très épaisse pour conserver la chaleur, et l’allure générale potelée pour optimiser le ratio volume/surface de manière à limiter les échanges thermiques.

 

L’hydrodynamisme 

 

Une créature à buste de femme, même pourvue d’une puissante queue, ne pourrait pas atteindre des vitesses de natation suffisantes pour échapper à un prédateur, ou attraper du poisson. Les nourrissons seraient ainsi particulièrement vulnérables (requins, orques, léopards de mer…). Pour pallier ce défaut, les sirènes devraient au moins être chauves, avoir un visage allongé (si possible un rostre), un corps plus tubulaire (avec des seins réduits en dehors des périodes d’allaitement), des bras courts et larges et enfin une peau épaisse, lisse et luisante, si possible couverte d’un mucus hydrophobe.

 

Cependant, l’idée d’un primate s’adaptant à un mode de vie exclusivement aquatique n’est pas inenvisageable scientifiquement, mais cela demanderait des millions d’années d’évolution et des modifications corporelles considérables (ce fut par exemple le cas des cétacés, des siréniens et des pinnipèdes), et cet animal ne pourrait plus survivre en surface, le métabolisme nécessitant des adaptations majeures (impossible de boire de l’eau douce, par exemple).

Il existe cependant une théorie du primate aquatique qui postule que certains caractères propres à l’homme (absence de poils, bipédie, nez, etc.) seraient des adaptations à une vie amphibie (mais pas maritime). Cette théorie n’est cependant pas confirmée scientifiquement, et reste considérée comme fantaisiste en l’absence d’éléments paléontologiques concrets.

Share on Facebook
Share on Twitter
Please reload

Posts à l'affiche

Et une quatrième pour Jérôme!! "L'Île de Pâques et Ses Mystérieux Moaïs avec Jérôme Maury"

September 23, 2019

1/5
Please reload

Posts Récents

September 20, 2018

Please reload

Archives
Please reload